Le regard de Gérard DORWLING-CARTER

| 7 avril 2011

Le Roi est mort, vive la Reine.

 

Ce que l’on voit sur l’écran de télévision des réunions des élus à l’occasion des retransmissions des grandes messes des collectivités territoriales diffère des diffusions des conseils municipaux ordinaires, ou mêmes des plénières du Conseil Régional ou Général. Pour ces dernières, c’est souvent une caméra fixe, donc un plan de même nature qui est offert d’un président qui essaie de donner quelque intérêt à des débats qui ne sont souvent que de routine. Certes, le conseiller sorti Fred Lordinot, l’ancienne conseillère promue à la Région, Catherine Conconne, dans leur entreprise de déstabilisation de la majorité ancienne du Conseil général donnaient – à ceux qui aiment cela – quelque piment aux compte-rendu linéaires, tels que faits par les deux chaînes locales. La télévision publique entrant en lice à l’occasion des grands événements, avec plus de moyens nous permet de vivre autrement ces rencontres telles que celle de l’élection du président de la nouvelle assemblée départementale.

Ce jeudi 31 mars, le show offert aux téléspectateurs était de choix.
Tout y était pour que cet épisode du feuilleton soit rendu passionnant. Tout d’abord les enjeux : le fait qu’après 19 ans de présidence continue, ait été annoncé le chant du cygne d’un homme apprécié, le Président Claude Lise dont on dit que le seul défaut est d’avoir gardé principes et convictions. Aussi que remporter le trophée de la présidence serait annonciateur pour le groupe victorieux d’une entrée par la voie Apienne (« http://fr.wikipedia.org/wiki/Voie_Appienne »  qui est une voie romaine, que les Consuls vainqueurs empruntaient de retour à la capitale…) à l’assemblée unique.
Aussi que tous les schémas les plus invraisemblables avaient été imaginés liés à la mainmise du PPM sur ce pays.
Et c’est finalement le scénario Bâtir le Pays Martinique qui a été retenu pas les metteurs en scène du mélodrame politique.
Pierre Samot (qui s’était méticuleusement retiré de la campagne pour le 74), laissant ses deux lieutenants Philippe Edmond-Mariette et David Zobda prendre le devant au sein du Rassemblement pour le changement a vu tous les avantages qu’il pouvait tirer de cette confrontation. Celui que l’on dit être « visionnaire », ayant bien senti la réticence des Martiniquais à tout changement et qu’il fallait dans ce contexte assurer sa survie politique le plus longtemps que possible. Ce qui est en soi louable après les péripéties qu’il a pu subir tout au long de sa carrière.
Aussi le Président du PPM a pu obtenir les voix des élus lamentinois pour asseoir sa prééminence politique sur ce pays. Car en laissant pour quelques temps (on se rend de plus en plus compte en effet que l’assemblée unique aura des difficultés à être sortie des dossiers en juillet 2012 comme annoncé…) d’autres que directement un élu de son parti à la tête d’une collectivité appelée néanmoins à disparaître, il fait d’une pierre (sans jeu de mots) plusieurs coups. Il pense éliminer son rival devenu congénital qu’est Claude Lise, et surtout s’assure avec les voies des grands électeurs du Lamentin le choix du Sénateur qu’il pense mettre au lieu et place de ce dernier au mois de septembre.
Mais en politique, les choses sont-elles aussi simples ?
En d’autres mots, les mandats des élus cumulés ainsi autour du parti Néo-PPM doivent ils simplement servir à asseoir un pouvoir pour le pouvoir, assurer des traitements, jetons de présence à des affidés heureux de partager la manne venue de la République ? Le peuple, même si du fait de l’abstention il se trouve en faible nombre à s’intéresser à la chose politique, acceptera-t-il ainsi cette arrivée de khalifes satisfaits de leur victoire, mais frappés d’amnésie quant aux promesses qu’ils ont pu faire pour accéder à leur nouveau pouvoir ? Ce sont 5 000 emplois qui ont été annoncés par une cohorte d’hommes réunis autour d’un projet, le déchoukage de ceux qui empêchaient la « gouvernance » nouvelles qu’ils appelaient de leurs vœux. Claude Lise « out » et Alfred Marie-Jeanne en apparence mis sur la touche, quels sont les obstacles qui empêcheront à ce pays d’être sous la férule de ces nouveaux « gouvernants » l’eden qu’ils ont promis ?
Les personnes sérieuses, penserez-vous, savent toutes que ce n’était que promesses de campagne. Alors pourquoi ainsi mettre ces élus au pied du mur ?
Et bien justement, c’est là que se situe l’épicentre éthique de la politique. Ce sont ces discours enchanteurs qui au lendemain des élections changent, les réalités reprenant le dessus qui font que politique devient synonyme de « Bluff », farce électorale. C’est là peut-être la leçon qui va se confirmer au fil des mois qui vont venir. Il faudra que les discours soient traduits par des réalités : nous serons attentifs aux indices de l’emploi, du développement et de la création de richesses propres à créer le bonheur et la paix sociales annoncés. C’est notre rôle d’observateur. C’est aussi la seule solution pour que le citoyen reprenne goût à la politique.
Enfin à Josette Manin nouvelle égérie de Bâtir le Pays Martinique, première femme présidente d’une collectivité territoriale de cette importance pour ce pays, je voudrais en tant que fondateur avec d’autres (Camille Chauvet, Serge Domi, Pierre Samot, naturellement) je voudrais, en tant que créateur du concept de « marronage institutionnel » rappeler que le projet initial de son parti était, à partir du Lamentin, de créer un « nouveau parti martiniquais. »
Avec David Zobda, pourra-t-elle avoir la latitude de reprendre le bâton là où nous l’avions laissé. Pour que le peuple reprenne les élus au sérieux et gagner sur l’abstention, signe de la désaffection de la chose politique. Et que la future assemblée unique ne soit pas une cohorte de personnes coupées de la réalité et du peuple martiniquais.

 

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