« L’irresponsabilité martiniquaise » vue par Y-L Monthieux…

| 12 juillet 2011

Voilà que le redoutable polémiste de la droite martiniquaise, mais qui sait aussi rester très critique vis à vis de toutes les nuances de cette droite, nous revient avec ce texte très engagé sur « L’irresponsabilité martiniquaise »? Point de départ, la vigoureuse prise de position des FMP (André Lesueur, maire de Rivière-Salée et conseiller régional et Miguel Laventure, secrétaire-général des FMP , conseiller régional et conseiller municipal de Fort de France) disant leur déception du tour que prennent les événements, et qui ont dénoncé avec force la prime de 20% qui sera accordée en 2014 à la liste qui débouche en tête. Il était pourtant clair, dès avant la dernière élection à la présidence du Conseil Général, que l’éviction de Claude Lise, au profit d’un ou d’une alliée de Serge Lethimy allait considérablement renforcer la donne de ce dernier et conduire les autorités de l’Etat à trancher ne faveur de ce derniern, surtout que no collègue de Guyane, allait lui-même dans le même sens…Pourtant « leurs » élus n’ont pu souder leur vote contre cette évolution redoutée et critiquée aujourd’hui…

Voici le texte de YLM

« La récente conférence de presse de Forces martiniquaises de progrès (FMP) apparaît comme la reconnaissance de l’erreur de ce mouvement, devenu parti politique, d’avoir appelé à voter un oui franc et massif à une question peu claire, le 24 janvier 2010. Certes, les partisans d’une lecture au premier degré de la question qui avait été posée ne manquent pas d’arguments pour condamner les conclusions qui ont été tirées par le Président de la République. Mais celui-ci semble s’être appuyé d’abord sur les votes contradictoires des électeurs martiniquais. Même si ces contradictions constituent également une des limites du suffrage universel dans certains pays où les électeurs paraissent « rassasiés » de démocratie.

En effet, l’habitude n’a-t-elle pas été prise par ces derniers, en France, de donner à leurs votes un sens différent de celui qui leur est soumis ? C’est particulièrement vrai pour les référendums qui sanctionnent davantage les hommes que leurs choix politiques. C’est sans doute la leçon qu’avait tirée Nicolas Sarkozy pour l’Europe. Selon lui, les Français avaient voté contre Jacques Chirac, pas contre l’Europe, d’où sa décision, devenu président de la République, de passer outre le résultat des urnes.

Les « 74zistes » d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
En 2010, les électeurs martiniquais étaient partagés entre leur désir incontestable de refuser l’article 74 (vote massif le 10 janvier) et de tout ce qui y ressemble (abstention massive le 24 janvier) et leur attachement à des élus dont on sait que la sympathie qu’ils suscitent prévaut sur leur bilan d’exercice (mars 2010). Le Président de la République a, semble-t-il, joué des inconséquences locales et du caractère schizophrénique souvent attribué au « peuple » martiniquais. Indépendamment du choix de Nicolas Sarkozy qui ne s’est pas contenté de la lettre de la consultation du 24 janvier 2010, et ainsi que j’ai pu l’écrire parfois ici ou ailleurs, la vraie responsabilité est incontestablement locale. D’abord dans les résultats de la seconde consultation mais aussi au mois de mars suivant où le président a pu lire le chemin à suivre dans le plébiscite, aux « régionales », des 74zistes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Le formatage des cerveaux à l’évolution statutaire.
En dépit de leur caractère souvent illisible qui facilite la tâche de ceux qui préfèrent la Corrèze au Zambèze, les votes des Martiniquais n’ont pas été forcément plus décisifs que le contexte politique et sociologique ambiant, manifestement favorable à l’évolution statutaire. Aussi l’imprégnation insidieuse des cerveaux par des notions nationalistes et la mise dans toutes les bouches du vocabulaire porteur de ces idées sont des éléments majeurs du succès des évolutionnistes de toutes tendances. L’exemple du tourisme est édifiant où l’on voit la difficulté de revenir sur les conséquences désastreuses du militantisme forcené exercé contre cette activité. Pendant 40 ans elle avait été décrite par des politiciens et des intellectuels de premier ordre comme dégradante pour l’homme martiniquais, et à proscrire.

Le dictat indolore des mots
Ainsi on voit comment certains mots sont imposés comme un dictat indolore aux martiniquais qui y adhèrent sans faire attention, et repris sans discernement par la presse, presque par effet de mode. Des mots comme « peuple », « nation », « Malécon », « capitale » et autres… étant pratiquement intégrés par les cerveaux, un autre vocable qui fait son chemin et fera sans doute branché sous peu, est celui de « Foyal » qui a cessé d’être un effet de littérature. Il commence à figurer dans les colonnes de la presse et dans l’audiovisuel comme un nom propre de plein exercice. Déjà véhiculé par la plupart des indépendantistes, ce vocable est la contraction de Fort-Royal. Le désir de voir disparaître celui de « Fort-de-France » serait-il à ce point important aux yeux des nationalistes qu’ils en soient venus à préférer cette référence régalienne devenue depuis si longtemps désuète ?

En réalité l’évolution statutaire pourrait s’avérer aussi efficace par l’usage des mots et les postures que par la philosophie des discours politiques ainsi que par l’expression des urnes. Les FMP se plaignent que la décision populaire du 24 janvier 2010 n’a pas été respectée par le Président de la République. Ils ont raison de le souligner officiellement comme l’avait déjà fait le Modem. En revanche, ils sont plus discrets sur la responsabilité des élus locaux, notamment de ceux de la droite. Il n’est pas sûr que les électeurs qui ont été déçus par leur mot d’ordre n’aient pas attendu une autocritique de leur part. »

Yves-Léopold Monthieux, le 11 juillet 2011

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