Edouard de Lépine toujours exigeant vis à vis du Bureau politique du PPM

| 22 octobre 2011

Après les résultats des Sénatoriales, et on peut dire, malgré eux, Édouard de Lépine reste  toujours très exigeant vis à vis du Bureau politique du PPM et dénonce encore et encore les méthodes choisies par ses compagnons politiques pour effectuer leur choix,. Pour cela, il prend exemple et compare ce qui s’est passé au PS, en France, et au BP du PPM, Ici…

enfin, bien qu’il ait choisi de voter François Hollande, comme  le PPM, il explique les différences entre ces deux votes et surtout il souligne combien serait bienvenu « l’abolition des lois iniques de juin 2011 » car « la question qui me paraît la plus importante : celle d’une révision, voire d’une abrogation pure et simple des lois iniques de juin 2011 qu’il a été votées au Parlement avec le groupe socialiste et qui concernent  le mode d’élection de l’assemblée unique et son fonctionnement. »

Le texte qui suit est le courrier intégral que nous avons reçu. Il s’agit d’une tribune dont nous avons mis en bleu certains passages…

 

EDL: POUR FRANÇOIS HOLLANDE

LES YEUX GRANDS OUVERTS

J’avais envisagé une réunion informelle  avec quelques camarades à la fin de la semaine dernière, avant le premier tour, pour discuter des primaires citoyennes organisées par le PS pour la désignation de son candidat aux présidentielles de 2012.

J’y ai renoncé quand j’ai appris que le  Bureau Politique du PPM appelait à voter Hollande. Je ne pouvais pas ignorer cette décision. Mais je ne pouvais pas non plus en parler sans dire le peu de bien que j’en pensais. Mon choix en faveur de Hollande est infiniment plus nuancé et plus complexe que ce que je crois comprendre de la déclaration sommaire (3 lignes) du BP (ou du Comité National ?). Je ne voulais pas apparaître au mieux comme un empêcheur de dormir tranquille, au pire comme un diviseur faisant semblant d’être pour Hollande mais en étant en fait contre lui puisqu’il était contre la décision du Parti. Ce n’est pas le choix du BP qui me gêne. C’est la méthode qui m’inquiète. Je suis moi aussi pour Hollande, peut-être pas pour les mêmes raisons ni avec les mêmes objectifs, mais pas avec moins de conviction.

Un formidable exemple de ce qu’est l’exemple

Avant d’aller plus loin  et d’indiquer les raisons qui me font préférer Hollande à ses concurrents, je voulais attirer l’attention des camarades sur le formidable exemple que donne le PS du fonctionnement démocratique d’un parti responsable, avec ces primaires citoyennes. Cette petite révolution dans la manière d’aborder la question de la désignation du candidat du Parti à une haute fonction, comportait pour nous des enseignements de la plus haute importance. Elle pouvait nous inciter à tester, à l’occasion de cette innovation historique dans la vie politique française, notre capacité à informer et à consulter au moins nos militants et nos sympathisants sur un sujet qui ne peut pas les laisser indifférents. Je ne suis pas sûr que notre BP y ait si peu que ce soit réfléchi.

Le Parti Socialiste  a pris et gagné un pari qui n’était pas gagné d’avance.  Il y avait au départ plus de risques de dérapage que de chances d’aboutir à un renforcement du Parti. Il fallait beaucoup d’audace, une très grande confiance dans la solidité du Projet socialiste pour 2012 et une confiance plus grande encore dans la qualité  de ses candidats qui ont voté ce projet à l’unanimité, pour prendre la gageure d’y intéresser,  sans risque majeur, bien au-delà de ses militants et de ses électeurs traditionnels, plusieurs millions de Français.

Le PS était conscient des divergences qui pouvaient apparaître entre ses candidats à la candidature, des tensions qui pouvaient surgir entre responsables également attachés à leur parti mais  légitimement soucieux de marquer leurs différences, puisque tous candidats à une haute responsabilité, chacun devait donner aux électeurs des raisons de le choisir, lui, plutôt que les autres.

Le PS a réussi bien au-delà sans doute de ce qu’il espérait.

Il n’a pas seulement intéressé. Il a passionné les  Français si l’on en juge par la participation de plus de 2 700 000 électeurs au premier tour du scrutin, et par l’attention soutenue de trois et quatre millions de téléspectateurs pour les trois débats télévisés qui ont opposé les candidats, (plus de cinq millions pour le dernier entre Hollande et Aubry). Chacun des candidats a pu ainsi exposer son point de vue, pendant plusieurs mois, dans des réunions intérieures ou dans de grands meetings, dans la presse, à la radio, à la télévision, avec des arguments différents mais avec autant de talent que de conviction, autant  de lucidité que de cohérence dans les propositions des uns et des autres.

Ne rêvons pas. Mais tout de même, imaginons un débat qui aurait mis notre quatre ou cinq candidats aux dernières sénatoriales, Rodolphe Désiré,  Louis Crusol,  Charles-Henri Michaux, Frantz Thodiard et Serge  Larcher, non devant plusieurs dizaines de milliers de téléspectateurs, mais devant les 35 membres de notre Comité National assistés de nos 38 présidents de balisiers. Qui peut croire sérieusement que le résultat de cette confrontation aurait  été celui  que l’on sait ?

Ajoutons, pour caractériser les primaires socialistes, ce qui n’est pas le moins remarquable, la tenue, le fair play, le respect mutuel et la courtoisie, rarement prise en défaut, dans les débats télévisés qui les ont opposés. Les primaires sont faites pour permettre non seulement aux militants et aux sympathisants socialistes mais  à tous les Français d’avoir une idée aussi précise que possible  des qualités de chacun et de choisir en leur âme et conscience celui qui leur paraitra le plus capable, une fois désigné, de rassembler le parti et de regrouper la gauche pour battre le candidat de la droite quel qu’il soit.

Le plus capable aussi, et ce n’était pas moins important, une fois élu, tout en étant le président de tous les Français, de tenir ses engagements pour redresser la situation de la France, améliorer sensiblement et durablement les conditions de vie et de travail de chacun, en commençant par ceux qui en ont le plus besoin, et, tout en respectant les engagements de la France en Europe et dans le monde,  de la faire davantage écouter et respecter et, si possible, davantage aimer, notamment dans les pays qu’elle a autrefois tenus sous  sa domination.

LA DIRECTION DU PS POUVAIT-ELLE EN MÊME TEMPS ORGANISER DES PRIMAIRES ET DONNER DES CONSIGNES DE VOTE ?

C’eut été ridicule. Les primaires sont faites pour permettre aux citoyens d’exprimer librement leurs  préférences,  de les faire participer à la décision, sans être prisonniers des décisions prises au-dessus d’eux, en dehors d’eux, à plus forte raison sans les consulter ni même les informer.

J’entends bien. Nous n’étions pas les organisateurs de  ces primaires. Nous ne sommes pas membres du PS. Nous sommes encore moins des dirigeants du PS. Nous n’avions pas à respecter l’obligation de réserve qui, parai-il, s’imposait à sa Fédération. C’est même pourquoi notre Comité National s’est cru autorisé à appeler non seulement nos militants mais les citoyens martiniquais à voter Hollande, estimant avoir le droit de choisir l’interlocuteur le plus capable, à ses yeux, de répondre à ses attentes.

Ce n’est pas seulement ridicule. C’est contraire  à l’esprit même des primaires qui consiste à donner la parole aux militants et aux sympathisants. Le Parti n’a aucun droit d’imposer son choix à ceux qui auraient une opinion différente de la sienne. Les primaires ne sont ni un Congrès  (ni une convention de type américain) où ceux qui votent sont tenus de respecter les mandats impératifs de ceux qui les ont délégués. C’est l’une des occasions majeures dans lesquelles un parti démocratique ne peut prétendre imposer une discipline de caserne à ses militants.

Ce n’est  donc pas le choix du candidat qui me paraît malheureux. C’est la manière de l’annoncer et de prétendre l’imposer.  Le Bureau Politique aurait été fondé à exprimer un vœu, pas à donner une consigne de vote, s’il avait fait ce qu’a fait par exemple la Fédération socialiste de la Guadeloupe ou le Parti Communiste Réunionnais.

II / LA CAMPAGNE DES PRIMAIRES A LA GUADELOUPE ET A LA REUNION

On notera  que c’est, curieusement, dans les deux DOM qui ont refusé le piège, dans lequel nous somme tombés, du choix entre les articles 74 et 73 de la constitution et qui demeurent par conséquent sans ambiguïté dans le droit commun institutionnel, que la sensibilisation de l’opinion à la nouveauté que constituent les primaires citoyennes mises en place par le PS a été la plus forte.

Cela s’explique sans doute à la fois par les conditions générales qui font des DOM en général,  notamment de la Guadeloupe et de la Réunion des cas particuliers dans l’histoire post coloniale de la France, et par des données politiques conjoncturelles qui assurent un relief très particulier à cette consultation d’un type nouveau.

LA GUADELOUPE bénéficie de la présence dans le staff de Hollande, où il est en charge des Outre-mers, d’un responsable de tout premier rang, Victorin Lurel, député et président du Conseil Régional, un des rares socialistes des DOM à avoir su constamment maintenir le cap, préserver sa fédération des mésaventures qui ont affecté quasiment toutes les fédérations ultra marines du PS. Ajoutons que cette fédération doit au surplus affronter en permanence les coups tordus de la ministre des DOM, madame Penchard, la digne fille se sa mère (Lucette Michaux-Chevry), l’audace en moins. La fédération socialiste de la Guadeloupe ne peut se permettre aucune faiblesse. D’où la campagne active que Lurel mène depuis plusieurs mois  sur ces primaires non seulement à la Guadeloupe  d’ailleurs mais dans l’émigration antillaise.

À LA RÉUNION, les difficultés entre socialistes et communistes et au sein même de la fédération socialiste, ont conduit le PCR à prendre une part active à la préparation des primaires sans privilégier au départ aucun candidat. Les communistes ont lancé depuis plus de cinq mois une large campagne d’information sur les 30 engagements du Projet socialiste pour 2012, spécialement sur la trentaine de mesures envisagées par le PS depuis son Forum sur les Outre-mers du 27 avril dernier.

Un forum auquel le PCR avait été invité et où il avait fait des propositions et posé des questions auxquelles il attendait des réponses… qui ne sont pas venues, sauf de François Hollande, le 4 octobre, à 5 jours du scrutin. L’organe central du Parti, Témoignages, a publié et commenté dès le mois de juin, sans agressivité mais sans aménité,  les trente mesures préconisées par le PS pour les Outre-Mers. Il a multiplié les contacts avec les candidats aux primaires socialistes mais aussi avec Mélenchon et le Front de gauche, dont il a examiné les propositions avec la même rigueur.

. Les contacts avec le PS et singulièrement avec les représentants de Hollande, en juin (entre le secrétaire général du PCR, Elie Hoarau, et Stéphane Le Fol,  un des responsables de la campagne de Hollande), plus récemment entre Lurel, Jean-Yves Le Drian et des dirigeants du PCR, ont été régulièrement évoqués dans la presse communiste. Paul Vergès qui n’avait reçu aucune réponse écrite des autres candidats a rendu public, le mardi 4 octobre, le contenu de la lettre de François Hollande qui a déterminé le Comité Central du Parti à prendre position en sa faveur. Un document important dont plusieurs dirigeants du PPM semblaient ignorer l’existence  le lendemain du premier tour.

Bref, autant le PCR a tenu à informer régulièrement ses militants de ses contacts avec les candidats socialistes et avec Mélenchon, autant nous avons été discrets sur les contacts qui ont pu être pris par nos dirigeants. C’est dans le journal du PCR Témoignages que j’ai lu, au début du mois de juin, les 30 mesures préconisées par le Forum du 27 avril sur les Outre-mers. Mieux,  c’est par France Antilles que j’ai appris, au début du mois de juillet, non seulement la visite de Hollande à la Martinique mais son passage au siège du PPM, les nouveaux prêtres de la modernité ayant probablement invité leurs fidèles par SMS.

III/

DES PRIMAIRES PARTICULIEREMENT IMPORTANTES EN GUYANE ET A LA MARTINIQUE

Et pourtant, compte tenu de l’importance des changements institutionnels envisagés dans ces départements qui seront les seuls de la République à n’avoir plus deux assemblées (Conseil Général et Conseil Régional) mais une assemblée unique, nous sommes avec la Guyane les deux départements d’Outre-Mer, et peut-être tout simplement les deux départements  français, les plus intéressés aux futures élections présidentielles et par conséquent aux Primaires socialistes. Une  assemblée unique élue non au scrutin majoritaire uninominal, comme seront élus en France les conseillers territoriaux (régionaux et généraux) dans les cantons considérés comme les circonscriptions électorales de base de la démocratie locale, mais à la proportionnelle territorialisée, un système inventé pour nous seuls pour bien marquer sans doute la spécificité de notre situation dans la République une et indivisible.

Autant j’aurais compris l’appel à une mobilisation massive pour les primaires citoyennes et l’ouverture sur ce sujet  d’une tribune libre dans Le Progressiste où les militants, qui peuvent après tout préférer Aubry, Ségolène, Valls ou Montebourg  à Hollande, auraient défendu leur choix, autant le diktat du BP (ou du CN ?) me paraît inattendu, insupportable et en tout cas contraire à ce qui me semble être l’esprit de ces primaires à tous égards historiques dans la vie politique française.

BEAUCOUP DE MILITANTS N’AVAIENT PAS ATTENDU LE COMITÉ NATIONAL

Fort heureusement, beaucoup de militants n’avaient pas attendu le communiqué du BP pour faire leur choix, pas forcément en faveur de Hollande, ce qui était leur droit. Depuis plusieurs jours déjà, j’avais fait part au premier secrétaire de la Fédération Socialiste Louis-Joseph Manscour de mon intention de voter Hollande aux primaires même si, à certains égards, je me sentais plus proche de Montebourg et de sa VIe République. Je n’ai cependant  jamais cru que la VIe pouvait naître au fond des urnes, c’est-à-dire dans des circonstances très différentes  de celles qui ont présidé à la naissance des cinq républiques qui l’ont précédée, et qui ont toutes surgi en 1792, comme en 1848, en 1870 comme en 1946 et en 1958,  d’une « irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées » (Trotski) .

Mais je crois la VIe République  absolument inévitable. Le peuple français ne pourra pas tolérer longtemps encore la République des banquiers, des affairistes et de leurs hommes de paille. La République des Indignés ne menace pas seulement la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Italie. Le printemps des peuples Européens a peut-être commencé dans les pays arabes et je doute qu’un gouvernement même social-démocrate puisse contenir indéfiniment l’explosion. J’espère qu’il pourra en atténuer les effets. C’est l’une des raisons pour lesquelles je vote Hollande.

Je le ferai moins par affinité idéologique, même si je suis finalement plus proche de lui que de ses concurrents, que par pragmatisme. Il est, à mon avis, de tous les candidats à la candidature des primaires citoyennes, le plus capable de rassembler toute la gauche pour battre Sarkozy.  Mais, à la veille du premier tour des primaires, je viens d’achever son livre, Le rêve français. J’y ai beaucoup appris sur beaucoup de choses intéressantes pour nous,  mais pas sur ce qui me paraît l’essentiel dans la conjoncture actuelle, le changement institutionnel que nous avons souhaité.

POUR L’ABROGATION DES LOIS INIQUES DE JUIN 2011

C’est dire que mon vote aux primaires citoyennes ne m’engage pas au-delà du 16 octobre.  Une fois désigné par le PS, s’il l’est, je poserai d’abord au PPM, et par le PPM, si c’est possible, mais ailleurs si c’est nécessaire, à François Hollande comme à tous les autres candidats de gauche ou d’extrême gauche, la question qui me paraît la plus importante : celle d’une révision, voire d’une abrogation pure et simple des lois iniques de juin 2011 qu’il a été votées au Parlement avec le groupe socialiste et qui concernent  le mode d’élection de l’assemblée unique et son fonctionnement.

Car bien entendu, nous ne saurions nous satisfaire, en cas de victoire de la gauche aux présidentielles comme aux législatives qui suivront, de la promesse contenue dans le 30e (tiens ! tiens !) des 30 engagements du Projet socialiste pour 2012 : l’abrogation de la réforme territoriale de l’UMP. L’acte III de la décentralisation ne saurait se contenter « d’assurer l’autonomie financière et de gestion collectivités territoriales ». Nous devrons engager la bataille, en tout cas pour ce qui concerne la Martinique, pour « la reconnaissance de la personnalité collective du peuple martiniquais et de son droit à l’autodétermination »

En attendant,  je ne voterai pour aucun candidat qui aurait refusé de s’engager publiquement à abroger les lois iniques  de juin 2011, votées par les socialistes au Sénat comme à l’Assemblée Nationale. Ces lois constituent une intolérable atteinte aux fondements de la démocratie locale. Elles bafouent le droit des citoyens à une juste représentation dans une assemblée en charge, en grande partie, de ses intérêts essentiels : la lutte contre le chômage, pour l’emploi, l’éducation, le développement économique et la protection sociale, la  protection de l’environnement,  la santé, la culture.

Je suis persuadé que  si  nous voulons éviter et en tout cas limiter les malentendus, pas toujours inévitables, des lendemains de scrutin, cela mérite d’être dit et d’être compris dès maintenant. Ce n’est apparemment pas l’avis du Bureau Politique du Parti.

Le BP  a imposé aux militants sans les consulter ni même les informer, une décision arrêtée par un tout petit groupe de dirigeants qui n’avait demandé ni reçu aucun mandat pour cela.  C’est ce comportement qui choque et qui inquiète tous ceux qui tiennent à ce parti, parce qu’ils l’estiment aujourd’hui plus capable qu’aucun autre de porter une contribution décisive à l‘amélioration du fonctionnement de la démocratie locale, en premier lieu à l’amélioration des conditions de vie et de travail de ceux qui en ont le plus besoin, de donner de la politique une autre idée et une autre image que celle qui prévaut aujourd’hui dans le pays et qui conduit à une dépolitisation accélérée de ce peuple et singulièrement de sa jeunesse, c’est-à-dire  probablement à une abstention chaque fois plus forte à la prochaine qu’à la dernière élection.

Je crois que François Hollande peut nous y aider. Mais il ne peut le faire que s’il y a un courant assez fort pour mobiliser le plus rapidement possible toutes les forces vives du pays et les organiser dès maintenant en vue des élections présidentielles de 2012.

Le Robert, 16.10.2011

Edouard de Lépine


Category: Actualité, Politique / Institutions

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