Alfred Marie-Jeanne à l’Assemblée nationale : critiques sans concession du Plan Fillon2…

| 9 novembre 2011

Nous avons publié le jour même le texte complet de François Fillon, concernant le plan d’économies et de rigueur rendus nécessaires, pour le gouvernement, à cause de la baisse de la prévision de croissance attendue cette année et les années suivantes (elle passe de 1,75% à 1%).

Voici le texte intégral de l’intervention du Député Alfred Marie-Jeanne sur cette question
INTERVENTION DU DÉPUTÉ ALFRED MARIE-JEANNE – lors des débats sur la loi des finances pour 2012 – (mardi 8 novembre 2011)

[Les parties en bleu sont soulignées par Antilla ]

 

AMJ, lors de la dernière assemblée du MIM (pho LL)

« Nous ne pouvons plus nous satisfaire du rôle mineur de paravent et de pare-chocs.
Nous devons être acteurs et non observateurs, nous devons être partenaires. »

M. Alfred Marie-Jeanne. Monsieur le président, madame la ministre, collègues de l’Assemblée, quelles que soient nos convictions politiques respectives, on ne peut nier que ce sont les marchés financiers et les agences de notation, qui, de concert, tiennent en haleine les politiques et ligotent les États pourtant dépositaires et gardiens de la souveraineté de leur peuple.

De renoncement en démission, de soumission en reddition, la réalité a dépassé la fiction au point qu’actuellement, nous surnageons dans un univers à l’envers. Et nous ne sommes pas au bout de nos peines au regard des nouvelles mesures de rigueur prises par le Gouvernement mis à genoux et obligé de boire le calice jusqu’à la lie pour conserver la fameuse note triple A.

Je ne suis ni hors sujet, ni dans l’outrance, ni dans la démesure. Je suis au centre d’un constat et au coeur d’un drame pathétique…qui ne peut laisser personne indifférent. Il a suffi d’une simple annonce d’un référendum hypothétique en Grèce pour déclencher panique, courroux, et injonctions menaçantes de toutes sortes.

Solidarité oblige, nous dit-on. Mais solidarité avec qui lorsque l’on constate que la charge de l’effort est très inégalement répartie ? Elle bossue injustement les plus humbles, exempte impunément les responsables du désastre et ménage les plus nantis. Comme le disait de façon provocatrice Bertolt Brecht : « Le peuple a […] perdu la confiance du gouvernement. […] Il faut dissoudre le peuple. »

Dans ces cas d’espèce, le peuple est le premier concerné puisque c’est lui qui porte et supporte l’austérité qui lui est massivement imposée. Pourtant, il est le seul à ne pas être consulté sur un sujet aussi brûlant, qui rogne ses revenus de façon grandissante, précarisant d’autant sa vie au quotidien.

Certes, des questions d’urgence doivent être réglées, mais, surtout, les questions de fond ne doivent pas être escamotées, car, au train où cela va, il n’est aucune garantie de solution viable dans un proche ou lointain avenir. C’est la nébuleuse la plus totale.

En effet, peut-on se permettre de faire l’impasse sur les dysfonctionnements mortifères de ce monde d’aujourd’hui ? La démocratie serait-elle devenue à ce point un danger public pour les spéculateurs invétérés ?

Pour éviter la tentation totalitaire et remédier aux défauts de la démocratie, il faut au contraire davantage de démocratie.

Solidarité oblige, nous dit-on. En quinze ans, les plus grosses fortunes françaises ont bondi six fois plus vite que les richesses du pays.

Ce sont les Usain Bolt de cette course effrénée.

Malgré la crise impitoyable et inhumaine et les appels pressants à la modération, les PDG des banques françaises ont passé outre. Leurs rémunérations ont été augmentées de 45 % en un an.

Et l’on va de révélation en révélation. C’est ainsi que le journal bien nommé Les Échos nous apprend que 400 sociétés européennes cotées ont retrouvé le niveau de leurs marges de profit d’avant la crise. Elles possèdent « un coussin de sécurité » de 3 000 milliards d’euros, et ce matelas financier est placé en grande partie dans les paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Ce montant représente pratiquement dix fois le budget de la France. Pour ces super-gagnants, l’argent coule à jet continu.

En face, qui paie concrètement les conséquences de cette situation krabik ?

Hélas, comme en tout temps, ce sont les petits qui ont pâti. Et avec l’amenuisement des dépenses publiques, bouée de secours et de recours, c’est la paupérisation qui s’étale, c’est la clochardisation qui s’installe, c’est la drogue qui met en perdition, c’est la violence qui gangrène.

Solidarité oblige, nous dit-on ? À ce qu’il paraît, citer des chiffres horripile, agace et indispose. Entendons-nous bien : les chiffres que j’avancerai ne sont pas traficotés ; ils peuvent offusquer, mais ne cherchent nullement à offenser. Ils sont tirés d’institutions officielles – IEDOM, INSEE, rapports des inspections générales, revues spécialisées – dont c’est le métier. Ces différentes instances d’information sont réputées indépendantes, neutres et objectives.

Voici donc quelques données chiffrées.

La France compte au bas mot entre 8 et 9 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, seuil fixé à 954 euros par mois. La moitié d’entre elles n’atteint même pas ce seuil minimum de référence. En Martinique, ce seuil est de 616 euros par mois, avec, en sus, un coût de la vie bien plus cher.

Le taux de chômage ne cesse d’augmenter. Il est actuellement de 25,4 %. Celui des jeunes de 18 à 25 ans culmine au pic de 62 %. Les offres d’emplois durables – je ne parle pas de jobs occasionnels – ont chuté – écoutez bien ! – de 33 % en un an.

Le nombre de dossiers de surendettement a grimpé de 32 % en un an.

La météo du climat des affaires, qui prend le pouls des chefs d’entreprise, indique un degré de pessimisme et de déception en hausse de 2,5 % sur le dernier trimestre étudié. Dans ces conditions, faire encore des ponctions sur la Martinique ne peut qu’amplifier les déconvenues et les aléas.

Dans ce contexte, le budget 2012 de la mission « Outre-mer » ne peut faire de miracle. C’est le contraire qui se produira avec un ralentissement prévisible accru de l’activité.

Malgré tout, on aurait tout de même pu mieux faire en regardant au plus près les mesures d’austérité qui ont été retenues pour réduire le fardeau de la dette de la France, qui s’élève à environ 1 700 milliards d’euros, soit plus de 86 % de sa richesse. Dans ce montant figurent les dettes des régions, des départements et des communes pour environ 170 milliards d’euros. Il existe une exception, c’est celle de la région Martinique que j’ai eu l’honneur de présider, et dont la gestion a supprimé l’endettement énorme qui l’accablait. Si vous perdez le triple A, ce ne sera pas à cause de l’ancienne région !

En 2012, le premier poste budgétaire de l’État est le remboursement d’une partie des intérêts de cette dette anesthésiante, pour un montant de 50 milliards d’euros.

Solidarité oblige, nous dit-on. Taxer inopportunément les complémentaires santé constitue-t-il, pour la Martinique, une mesure de justice sociale réparatrice et solidaire ? Est-ce que trop de taxes disséminées ici et là n’engendre pas de casses supplémentaires ? La question est posée. L’an dernier, la Martinique a contribué au redressement dans des proportions non négligeables, me semble-t-il. L’effort par habitant y serait relativement plus significatif qu’en France. S’il en était ainsi, il n’y aurait ni égalité ni – encore moins – équité.

Solidarité oblige, nous dit-on ! Le dispositif d’abattement d’un tiers sur le résultat des exploitations situées dans les DOM est-il bien ciblé ? J’en doute un peu, car un rapport récent de l’Inspection générale des finances affirme que 46 % du coût de cette mesure bénéficiait à des entreprises de moins de neuf salariés. N’y a-t-il pas là un vrai hic qui mérite un peu plus d’éclaircissements ?

Solidarité oblige, nous dit-on ? Comme par enchantement, le Gouvernement nous exhorte fortement à nous ancrer de plus en plus dans notre sphère naturelle, le continent Caraïbe. Enfin ! Mais qui nous l’avait interdit jusqu’à ce jour ? Pas celui qui vous parle, en tout cas. Il l’a toujours revendiqué, car c’était un non-sens de ne pas y être intégré.

À cet égard, vous avez déclaré, madame la ministre, le 26 octobre dernier, devant la commission des affaires économiques, que votre budget n’a qu’un but, et je vous cite : « Il s’agit de redonner aux ultramarins les clés de leur développement et de les accompagner dans les projets qui sont les leurs. » On nous remet les clés de notre développement au moment où l’exogène a déjà mis KO l’endogène ! C’est la preuve qu’a posteriori, notre développement ne nous a jamais réellement appartenu et qu’il a toujours été orienté, et réorienté selon les choix décidés par Paris et de Paris.

J’espère qu’il n’en sera pas encore ainsi et que la Martinique y trouvera son compte. Car il n’est jamais trop tard pour mieux assumer, à condition de mettre à bas les très nombreux carcans existants. Parmi eux, citons pêle-mêle le problème des visas, l’insertion à part entière dans des organismes régionaux et internationaux, l’aide au fret ou l’aide à l’export, les zones de pêche, etc.

Sachez, par exemple, que l’aide au fret ne peut être attribuée que sur des trajets entre l’Union européenne et les DOM, ce qui est restrictif et dommageable à souhait ! À l’époque, j’avais demandé la possibilité de l’extension de cette mesure aux frets régionaux – ce qui fut refusé. Si les choses restaient en l’état, développement endogène et ancrage dans la Caraïbe resteraient un leurre supplémentaire. Il faut libérer totalement la coopération de toute entrave préjudiciable à sa réalisation.

En conclusion, un nouveau monde est en train d’émerger. Dans la Caraïbe, notre berceau géographique, cette émergence ne peut se concevoir sans nous ni contre nous, comme ce fut le cas dans le passé. Nous ne pouvons plus nous satisfaire du rôle mineur de paravent et de pare-chocs. Nous devons être acteurs et non observateurs, nous devons être partenaires. Il y va de l’intérêt réciproque bien compris de chacun et de tous. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Fin de citation

 

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Category: Actualité, Politique / Institutions

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