Le congrès du PPM, par Mike Irasque (jnl du 25 oct. 2012)

| 28 octobre 2012

 PPM : le congrès du nouveau départ ? 

Les chiffres sont désormais connus : 45 « Balisiers », 210 délégués (représentant 15 membres chacun), 61 motions déposées, 50% de femmes – désormais – au sein du comité national (de 40 membres), etc. Du 19 au 21 octobre derniers, le Parti Progressiste Martiniquais a connu son 19ème Congrès, six ans après le précédent. Retour sur les moments forts de l’ultime soirée de l’évènement.

Le siège historique de Trénelle est comble. Plus de 250 membres et militants sont attablés, par Balisier. Au moment où nous pénétrons dans la salle, les motions des différents groupes sont présentées au micro. De très nombreux textes – sur la santé, la parité, les difficultés de « la jeunesse », les enjeux du vieillissement, etc. – mais aussi sur des sujets intrinsèquement politiques (et sensibles), comme la revendication autonomiste aujourd’hui, la « 3ème voie » letchymienne, ou encore le fonctionnement de l’alliance « Ensemble pour une Martinique nouvelle » (EPMN). Malgré les deux ou trois ventilateurs tournant à pleine vitesse, la chaleur est accablante dans la grande pièce. Après trois journées d’échanges et de réflexions, le retard pris sur le déroulé de ce dernier rendez-vous, conjugué à une heure se faisant de plus en plus tardive, semblent peser de tout son poids sur les épaules (et les visages) de nombreux participants. Vient l’élection du secrétaire général du parti. Sans surprise Didier Laguerre est reconduit dans ses fonctions. Après un discours vigoureux et passionné (où il affirma entre autres sa fierté d’être membre du PPM), les applaudissements crépitent. Les militants semblent reprendre des forces : le pouvoir du Verbe et de la conviction politique en somme. Au terme d’un suspense proprement insoutenable (désolé nous n’avons pas pu résister), Serge Letchimy est réélu président du parti au balisier. Assis au mitan d’eux, les militants l’ovationnent. Ultime séquence de la soirée : le discours de l’indiscutable leader.

L’homme débute en sacrifiant aux égards « dus » à l’alliance, faisant en effet un bref éloge de ceux assis au 1er rang : les leaders des formations politiques composant EPMN (Bâtir le Pays Martinique, Osons oser, Vivre à Schoelcher, Mouvement Populaire Franciscain, etc.). Serge Letchimy commence par Pierre Samot, absent mais représenté par le secrétaire général de Bâtir, David Zobda (« il y a la sincérité, et aussi une amitié qui est solide », dira t-il à l’intéressé). Viennent notamment une déclaration d’amitié à Louis-Joseph Manscour : « Je te le dis avec beaucoup d’émotion : tu me manques à l’Assemblée nationale. Vraiment. Il y avait une très grande complicité entre nous, et je n’ai pas du tout l’impression que cette complicité puisse être créée avec d’autres… (mais de qui peut-il bien parler ? NDR). » Et l’orateur de donner alors une (mince) indication sur la stratégie en cours. Et surtout à venir : « Je souhaite qu’à travers toi […] avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault, on puisse trouver ensemble des étapes et des voies (la « 3ème » par exemple ? NDR). » Et de poursuivre : « Je suis sûr que nous partageons l’essentiel, et que ce travail de négociation qu’il y a à faire, de discussions pour le développement de la Martinique et pour sa responsabilité, passe nécessairement par la Fédération socialiste. » Plutôt clair, non ? Un hommage fut aussi rendu par l’orateur à un « progressiste de droite », Pierre Petit, et au sénateur PPM Serge Larcher (« classé parmi les 10 meilleurs sénateurs de France », nous apprendra Serge Letchimy) – « il est devenu un excellent sénateur, parce qu’il est devenu membre du PPM », lancera-t-il d’ailleurs dans un éclat de rire. Plus en avant dans son discours, Serge Letchimy fit cette adresse, surprenante car nominative, au leader du Mouvement Indépendantiste Martiniquais : « Mr Marie-Jeanne, je vous souhaite la plus grande tranquillité possible par rapport à votre conscience, et que vous soyez libéré de ce que vous avez pu faire comme populisme […]. » Quelques instants après, Serge Letchimy plaidait pour que la Martinique « retrouve sa paix ».

Sujet très attendu par tous (des militants aux journalistes) : le fonctionnement au sein de l’alliance EPMN. Singulièrement après l’échec des législatives de juin dernier. Le « poids » des formations (en termes de nombre de militants, d’élus, d’implantation sur le territoire) primera-t-il désormais ? En tout cas le souhait de beaucoup de militants PPM. Mais écoutons Serge Letchimy. « L’alliance fonctionne très bien dans le cadre d’élections de liste, mais pas très bien lorsque que nous avons un scrutin uninominal. C’est beaucoup plus compliqué, parce que là il y a des ambitions personnelles. […] on est dans le cafouillage et on termine par des trahisons qui peuvent conduire à des défaites politiques. » Ambiance… Le président réélu poursuit : « Il faut préparer le front pour les municipales, en 2014. Et il va falloir gagner ces municipales. On n’a pas besoin de faire des alliances, on a simplement besoin d’avoir des soutiens mutuels, entre mouvements et entre partis. » Et Serge Letchimy de se diriger vers la fin de son intervention : « Mais il faut aussi et surtout préparer la collectivité unique, en 2015. » En 2015 a-t-il dit ? « Ki yo lé, ki yo pa lé, nous sommes en train de regagner la confiance des Martiniquais », lancera l’orateur avant de recevoir son ovation. L’agenda politique de la Martinique n’est décidément pas prêt de comporter de jours fériés…

Mike Irasque

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Category: Politique / Institutions

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