Soyons sport : Le sport en perte d’attractivité en Martinique avec plus de 10 000 licenciés en moins

| 19 février 2013

Dans Antilla n° 1546, un bilan des difficultés des ligues sportives en Martinique.

Plus de 10 000 licenciés en moins en Martinique avec pour conséquence des aides étatiques en baisse. Le  montant des subventions (le CNDS) est calculé en fonction du nombre de licenciés. Le sport martiniquais va mal. Le football a subi aussi une saignée à blanc avec plus de 5000 licenciés retirés des stades en moins de trois ans. La Martinique est la lanterne rouge des régions françaises concernant le nombre de licenciées femmes en sport. Une journée de réflexion s’impose pour comprendre les comportements sportifs des Martiniquais.

 

La ligue de football de Martinique qui veut devenir un membre à part entière de la CONCACAF pour ensuite intégrer la FIFA a aussi un gros problème d’attractivité. Il ne séduit plus les jeunes compte tenu de la baisse du nombre de licenciés. Les bagarres, les descentes punitives et les règlements de compte constatés sur les stades le dimanche matin y sont pour beaucoup. « Diriger un match de jeunes est très difficile », estime un arbitre. Beaucoup de jeunes débarquent au stade avec leurs problèmes. Au moindre incident comme un tacle trop appuyé ou une charge brutale, c’est l’explosion.

Bagarre générale et appel à des renforts extérieurs notamment des copains de cité ou de quartier sitôt le match terminé pour régler des comptes. Au rugby, sport en plein boum apprécié des jeunes pour canaliser les énergies, le tempo est différent. On échange des coups parfois à l’issue d’une mêlée ou d’un placage à retardement au Robert, à Trinité ou au Diamant, mais on oublie tout dès que l’arbitre a sifflé la fin du match. Les jeunes rugbymen forment une haie d’honneur, saluent leurs adversaires et refont le match autour d’un verre. Rien à voir avec des scènes cocasses observées en football. Des jeunes armés de coutelas et d’armes diverses jouent les durs, les provocateurs le dimanche matin lorsque l’un de leurs amis a été molesté pour avoir durement tâclé ou frappé un adversaire. La ligue de football de Martinique qui a un plan pour relancer les compétitions réservées aux jeunes ne se décourage pourtant pas. Elle est active pour que le ballon rond reste roi dans un pays où les abonnements à des chaînes de Canal SAT ou du Câble sont en constante augmentation. Conséquence, on ne va plus au match comme par le passé. Les conversations sportives du lundi portent sur ce qu’on a vu sur Canal. Ceux qui vous parlent des championnats locaux ne sont pas nombreux au travail.

Le Martiniquais qui se dit sportif est un télévore qui suit avec passion les matches européens sur son écran plat dernier cri. Le local, ce n’est pas sa tasse de café. Les comportements des sportifs ont changé et une réflexion s’impose pour que la Martinique, jadis grande pourvoyeuse des équipes de France, ait un nombre plus conséquent de licenciés sportifs. 10 000 licences sportives en moins, voici un thème pour une liste candidate au renouvellement du comité directeur du CROSMA. La bataille pour la présidence est captivante avec des surprises à prévoir. Germain Soumbo, le favori pour le poste de président, est très présent sur le terrain pour bétonner ses soutiens. La rumeur prétend qu’il veut du changement au sein du comité directeur. L’actuel président de la ligue de tennis veut rajeunir et promouvoir des responsables connus pour leur implication sportive.

Et il se dit avec insistance que des dirigeants qui ont connu plusieurs mandatures ne seront pas reconduits. Place à des dirigeants plus jeunes. Gérard Lacom qui ne briguera pas un nouveau mandat de président, sauf coup de théâtre, n’est pas de cet avis à en croire des sources dignes de foi. Il se bat pour que les anciens, des compagnons de route restent au CROSMA. Quelque soit le verdict des élections générales prévues en mars au CROSMA, la perte sèche de licenciés écorne l’image d’une île de Martinique considérée comme très sportive. Du pipo, disent certains dirigeants quand on leur avance que la Martinique est une terre de champions. Les statistiques parlent d’eux-mêmes.

Le triomphe des sportifs non valides dans un pays où il y a de moins en moins de grands champions valides

L’athlétisme qui a longtemps eu des meilleurs sportifs de l’année se contente depuis quelques années de nominés. Une voix pour Jean-Noël Crétinoir, un spécialiste du saut en longueur lors du cru 2012. La championne de France espoir, Sarah Goujon, qui avait fait partie des 10 nominés en 2011 a connu des résultats en dents de scie. Et elle a disparu de la liste des 10 nominés 2012 où figuraient le cycliste Cédric Eustache désormais licencié à un club de D2 Martigues et Kévin Parsemain le meilleur buteur du dernier championnat de division d’honneur doublé de sa casquette d’attaquant vedette de la sélection de Martinique de football. Si Cédric Eustache fêté comme il se doit par la population vauclinoise avant son départ pour Martigues a obtenu une voix lors du dépouillement du vote pour l’élection du meilleur sportif de l’année 2012, Kévin Parsemain n’en a eu aucune. Un Team Martinique qui attend de connaître ses adversaires à la Gold Cup. On sait déjà que la sélection martiniquaise sera à forte ossature professionnelle. La ligue de football de Martinique a contacté une quinzaine de joueurs évoluant en Europe.

La sprinteuse Sarah Goujon qui aime peu le football est désormais dans une catégorie sénior où il y a du beau monde en France. La franciscaine s’entraîne et espère rentrer dans la cour des grandes sprinteuses pour titiller les intouchables jamaïcaines. Elle a affronté certaines d’entre elles au Carita Games sans connaître leur consécration dans des épreuves prestigieuses. Reste à savoir si elle fera carrière dans une discipline exigeante, notamment à la française, marquée par le retrait de Christine Arron. La sauteuse en longueur Keshia Willix dont on disait le plus grand bien a disparu de circuit. Les nageurs Mathias Bellance, Samuel Lameynardie n’ont plus de performances ronflantes. La véliplanchiste Morane Demont qui a participé à des circuits mondiaux est rentrée dans le rang quelques mois après avoir été élue meilleure sportive de l’année conjointement avec le nageur Samuel Lameynardie. Elle privilégie désormais ses études. Beaucoup d’espoirs déçus, des recalés sportifs. De nombreux minimes, cadets sacrés champions de France arrêtent de faire de la compétition ou ne confirment pas quand ils deviennent adultes.

La persévérance de la ligue handisport de Martinique

Mandy François -Elie qui a été internationale junior du sprint avant son AVC est désormais la reine sportive de la Martinique (Zetwals des sports) et aussi de la ville-capitale (trophée du meilleur sportif) avec son titre au « 100 m T37 » des Jeux Olympiques de Londres. Cette lamentinoise qui prépare les mondiaux handisports est le symbole vivant de la forte compétitivité de la ligue handisport. Une ligue qui a eu pourtant du mal à se frayer un chemin. Le travail de Jean-Paul Cocotte, appelé Fidel Castro pour sa longévité à la tête de la ligue handisport a payé. Et son successeur a pris le relais avec efficacité. Depuis deux ans, les Zetwals des sports consacrent des sportifs non valides. D’Audrey Cakin à Mandy François Elie en passant par Anne-Sophie Maximin. Trois en l’espace de cinq ans. Un record et ce n’est pas fini. Jocelyn Niéna a quelques pépites en handisport qui feront bientôt parler d’elles. Le travailleur Jocelyn Niéna, formateur de champions handisport que certains techniciens snobaient au stade Pierre Aliker, a de quoi bomber le torse. Il ne le fait pas car l’humilité, il connaît. Niéna sait d’où il vient. Le triomphe d’une sprinteuse non valide comme représentante du sport martiniquais cette année. Un signe qui ne trompe pas. On n’a plus de grands champions valides en Martinique qui règnent sur leur discipline à l’échelon international. Les Panzo, Moriniére, Bacoul, Sulter, formés pourtant avec des moyens dérisoires sur des pistes en cendrée n’ont pas été remplacés. Dans les autres disciplines, il y a certes des champions de France, mais quelque soit Meina Pétris en gymnastique ou Mandrick Sylvius en twirling bâton, ils ne sont pas assez connus pour prétendre à un titre de meilleur sportif. Leur potentiel est cependant énorme et leur âge joue en leur faveur pour un jour inscrire leur nom au palmarès des Zétwals. Saluons tout de même la persévérance et le travail de leurs responsables. Surtise Bernabé a fait de la gymnastique une discipline qui a droit de cité. Que dire de Marie-Line Bouton, une battante qui a sorti le twirling bâton de l’ornière. Si la gymnastique martiniquaise peut se targuer d’avoir une salle spécifique, le twirling bâton n’a aucune salle à sa disposition. La ligue que préside Marie-Line Bouton organise des compétitions grâce au bon vouloir des municipalités de Rivière-Salée et de Sainte-Luce. Luc EDON. n

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