Catherine Conconne : Mariage pour tous : « L’égalité des droits doit prévaloir »

| 30 mai 2013

La 1ere VP du Conseil Régional a donné son avis sur le « Mariage pour tous ».  Bien-sûr nous savions que le président du PPM, Serge Letchimy, avait voté pour, mais l’engagement public du chef de parti suffisait-il à expliquer cette adhésion – aussi soutenue et argumentée – de son 1er « lieutenant » ? L’occasion d’en savoir plus avec la femme politique, la citoyenne et la Martiniquaise. 

 

 

Capture d’écran 2013-05-30 à 16.49.59Depuis quand Catherine Conconne a-t-elle pris position en faveur du mariage entre personnes du même sexe ? Dès l’engagement de campagne du candidat Hollande ?

Lors des débats à l’Assemblée nationale ? « Depuis le jour où j’ai choisi d’être une élue de la République, depuis mars 2001 », répond-t-elle, « on ne doit pas prendre en compte de motifs religieux dans l’exercice de nos fonctions ; la religion relève de l’intime. Et quand un élu est en exercice dans une collectivité de la République, les convictions religieuses ne doivent pas teinter son discours. Pour moi c’est un principe. On ne devrait même pas connaître les convictions religieuses de l’élu(e). »

Comment reçoit-elle alors le propos de ces élus (notamment Raymond Occolier et Bruno Nestor Azérot) qui parlent régulièrement de leurs convictions dans l’espace médiatique, et qui les présentent comme une explication majeure à leur opposition au texte ?

« Je pense qu’ils n’ont pas compris la fonction qui leur est assignée », dit Catherine Conconne, « la République est laïque ; elle s’est battue, jusqu’à l’inscrire dans des lois, pour que la religion ne prenne pas le dessus sur le Droit, qui est applicable à tous. Et dans une république comme celle qui nous régit, le mot ‘égalité’ doit avoir du sens. Aujourd’hui on essaie, par un mot qu’on a sacralisé – mariage –, d’opposer des humains contre des humains. » Et d’ajouter dans le même souffle : « Quand on est soi-même membre d’une communauté comme celle de la Martinique, dont la matrice a été fécondée sur la base de l’inégalité et l’injustice, on ne doit pouvoir tolérer ce genre de discours. » Nous reviendrons sur ce point.

Pour Catherine Conconne, la dimension juridique du mariage est première. « Le mot ‘mariage’ est dans le Code civil, et quand vous passez devant Mr le maire on vous en rappelle des articles », lance-t-elle en effet, « les religions ont ‘chargé’ ce mot.

Beaucoup de gens contre le ‘mariage pour tous’ vous sortaient des versets de la Bible ; on a eu droit à toute espèce de rappel biblique. Si pour être marié il faut passer devant Mr le maire, c’est bien qu’on est dans un acte civil, régi par des lois de la République applicables à tous. Il y a d’abord un principe de droit fondamental, qui ne doit pas être dénaturé par des principes religieux.

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On respecte la religion de chacun, mais c’est une conviction intime. Devant les institutions de la République, doit prévaloir la notion d’égalité. » Et que pense l’élue de la République des propos, très récurrents (ici, en France, etc.) du type « c’est un vice, une perversion, ce n’est pas normal » ? « Je les refuse car nul ne détient la vérité et la notion du ‘normal’ », affirme-t-elle, « avant on brûlait des gens car il n’était pas normal qu’ils ne soient pas catholiques. Et on continue de tuer des gens car ils n’ont pas épousé ce qu’une civilisation considère comme étant la norme.

Qui détient la vérité sur la notion de normal ? Personne. Ce qui était normal au 14ème siècle ne l’était parfois plus au 15ème. » Notre interlocutrice s’interroge alors : « De manière traditionnelle, un couple c’est un homme et une femme, mais la tradition définit-elle la normalité ? Chaque humain a son histoire ; le tout est de pouvoir vivre ces différences dans l’harmonie. Et ce n’est pas en montant des hétérosexuel(le)s contre des homosexuel(le)s qu’on trouvera l’harmonie. Il faut que chacun ait sa part de bonheur dans ce monde. Si deux personnes du même sexe s’aiment et expriment ainsi leur bonheur, moi je suis très heureuse pour elles. »

(extait de Antilla n° 1560)

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