GARCIN MALSA écrit au Ministre de l’écologie

| 29 octobre 2014

Le 24 Oct 2014…

 

LETTRE OUVERTE A MME LA MINISTRE DE L’ECOLOGIE, DU DEVELOPPEMENT DURABLE ET DE L’ENERGIE A L’OCCASION DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LA BIODIVERSITE ET LE CHANGEMENT CLIMATIQUE QUI SE TIENT EN GUADELOUPE DU 22 au 25 OCTOBRE 2014

 

Mr Garcin MALSA

Koubari Etoilé de l’ASSAUPAMAR

Conseiller Général de Martinique

Président des Rivages Français d’Amérique

 

MADAME LA MINISTRE,

 

En juin 1992, à l’occasion du premier sommet de la Terre organisé à Rio par les Nations Unies, vous en tant que Ministre de l’environnement et moi en tant que représentant du Conseil Général de la Martinique et encore Président de l’ASSAUPAMAR, avons vécu les tensions de l’époque qui opposaient âprement les représentants de l’Etat et les écologistes avérés.

Il n’était pas commode à cette époque d’être écologiste averti face à la clique structurée des grandes firmes et d’industriels profiteurs qui regardaient avec répugnance extrême tous les écologistes au point de les empêcher de tourner en rond dans leur système, ou encore des pestiférés de la société (en Martinique nous étions assimilés à des « khmer vert » !).

J’ai en mémoire l’élimination physique de Chico MENDES, ce célèbre écologiste brésilien qui s’opposait au saccage des forêts amazoniennes par des firmes capitalistes.

Ce premier sommet de la Terre nous a surtout dévoilé la collusion qui existe entre ces grandes sociétés capitalistes à façades mondialisées et des prestigieuses personnalités.

Madame la Ministre vous devez avoir souvenance de ce fameux appel des Heidelberg (du nom d’un village en Allemagne) qui dénonçait le comportement « irrationnel » des écologistes.

Cet appel porté sous forme de motion par un noyau de signataires était secrètement orchestré par des industriels. C’est sans doute une des plus brillantes opérations de communication jamais menées contre les écologistes. Des dizaines de prix Nobel de toutes disciplines (Hans Bethe, Linus Pauling, Illya Prigogine, Jean-Marie Lehn, Pierre Gilles de Gennes, …) aux côtés de centaines de scientifiques de premier plan, de médecins, d’intellectuels, d’écrivains (Pierre Bourdieu, Eugène Ionesco, Hervé Lebras, …) avaient signés cet appel solennel aux Chefs d’Etats et de Gouvernements pour dénoncer « l’écologie irrationnel ».

C’est l’illustration même de la façon dont les intérêts des industriels et des grands groupes commerciaux peuvent être défendus par des personnes qui jouissent d’une haute notoriété.

C’était sans compter sur la société civile qui, opérant massivement en marge du sommet, avait su instituer un rapport de force qui entraina des avancés substantielles dans les discussions :

–          Des textes ont été adoptés (l’agenda 21 ; la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement ; la déclaration sur la forêt ; la convention climat ; la convention biodiversité ; la prise en considérations des peuples indigènes).

–          Des décisions ont été prise (mise en place de la commission du développement durable ; création du comité des Sages auprès du secrétaire général des Nations Unies ; ouverture des négociations sur la convention relative à la désertification ; la mise en place d’un fond pour l’environnement mondial dont le rôle est de financer les conventions sur le climat et la biodiversité).

Madame la Ministre au moment où vous venez en Guadeloupe pour parler de climat et de biodiversité, après être passé il y a quelques semaines en Martinique, qu’en est-il 22 ans après Rio 1992 ?

Les firmes multinationales, les gros industriels et leurs partenaires se sont dotés d’experts en développement durable sans remise en cause de leur manière de fonctionner en interne et en externe. Les rapports sociaux n’ont pas bougé dans un écosystème sociétal qui demeure toujours inchangé. Le concept de développement durable est placé à toutes les sauces dans un monde où la finance et l’économie prennent de plus en plus ascendance sur l’écologie et où l’égoïsme piétine la solidarité.

Tout laisse à croire que les Chefs de Gouvernements ne sont pas prêts à sortir du système. Ils se complaisent à garder le fond sur lequel ils glissent une couche de « développement durable ».  Ils vont même jusqu’à nous parler de « croissance verte » ; manière de garder la croissance comme indicateur du système néo libéral tout en essayant de la coiffer d’une teinte verte écolo.

Le système néo libéral globalisé est si prédateur et phagocytaire, qu’il n’y a pas lieu de chercher à l’aménager si l’on veut répondre efficacement aux grands enjeux que sont le climat et la biodiversité.

Aussi malgré la volonté affirmée et l’ambition affichée dans votre projet de loi sur la transition énergétique vous ne pouvez-vous désolidariser du système que vous dites vouloir changer. C’est si vrai que vous reprenez à votre compte le concept de croissance verte.

Quant à la conférence sur la biodiversité et le climat qui se tient en Guadeloupe du 22 au 25 octobre 2014, je ne serais pas étonné qu’elle soit une répétition des multiples réunions précédentes qui ont aggravé les attentes des citoyens en les plongeant davantage dans la désespérance. Les quelques exemples qui suivent peuvent servir d’indices ou de témoignages à cette attente citoyenne chargée de déceptions.

Quand Madame la Ministre avez-vous clairement reconnu que la pollution des eaux, des sols de Guadeloupe et de Martinique par le chlordécone relevait d’un écocide qui porte atteinte grave à la santé des habitants de ces pays ?

Quelles mesures urgentes comptez-vous prendre pour que réparations soient faites à toutes celles et tous ceux dont les moyens de subsistances  (sols, rivières et mer) sont déclarés pollués au chlordécone ?  Quelles mesures urgentes comptez-vous prendre pour que des examens épidémiologiques soient appliqués gratuitement à tout guadeloupéen ou martiniquais qui souhaite connaitre son état de santé lié au taux de chlordécone sanguin ?

Pourquoi faire à croire à interdiction  de l’épandage par aéronefs en Martinique et en Guadeloupe, alors même que l’article 17 de votre arrêté laisse toujours place à dérogation ?

De passage en Martinique vous n’avez pas clairement exprimé votre refus catégorique à toute unité énergétique utilisant le charbon comme combustible pour fonctionner, tant en Guadeloupe qu’en Martinique.

 Vous avez été ambigu sur l’extension du grand port de Fort de France, comme vous le serez certainement sur celle du grand port de Pointe à Pitre. En relation avec ces deux projets vous n’avez pas nettement affiché votre détermination de faire respecter les massifs coralliens, tel celui de la Grande Caye Sèche de la baie de Fort de France, ainsi que les écosystèmes mangroves qui sont programmés à être détruits lors d’éventuels travaux d’extension de ces grands ports.

Madame la Ministre quelle cohérence y aurait-il si vous refusez d’être claire sur ce dont je viens de vous interpellez, au moment où vous œuvrez en même temps à mettre la Martinique en site UNESCO, alors que la Guadeloupe est déjà en Réserve Biosphère, et Parc National, pour ce qui est des Culs de Sac Marins.

Madame la Ministre vous comprendrez pourquoi je n’ai exprimé aucun désir de participer à cette Conférence internationale à laquelle je fus très tôt invité par la Région Guadeloupe, à qui je profite pour adresser mes sincères remerciements.

L’heure est trop grave pour que je me laisse attirer par la présence en Guadeloupe des deux Ministre de la République et de Mr Nicolas Hulot représentant du Chef de l’Etat, dont l’art en matière de communication n’est plus à démontrer.

Pendant 25 ans j’ai eu à gérer en pays dominé une commune, celle de SAINTE-ANNE Martinique ; j’ai eu à côtoyer avec mes collaborateurs le monde industriel, financier, et toute sorte d’hommes d’affaires au sens le plus commercial du terme. J’ai vu avec quelle atrocité et quel mépris, ils traitaient les écologistes qui mettent en avant l’écologie politique. Nous savons que notre combat n’a pas été vain et ne le sera jamais. Nous avons déjà démontré que l’écologie politique ouvrait les portes à l’économie solidaire dont l’une des formes est l’économie circulaire ; celle-ci est créatrice d’emplois durables.

Avec un Agenda 21 mené de façon magistrale dans son application, nous avons préservé la biodiversité, ménager des ressources naturelles, créé de la richesse et dégagé des emplois durables. Nous savons que notre lutte est devenue exemplaire. Mais c’est au prix d’une volonté politique sans relâche, d’une détermination militante courageuse, et d’un refus catégorique de donner la priorité à l’urgence sur le long terme. C’est ce corpus idéologique que nous avons traduit concrètement dans un Agenda action 21, associé à un plan de développement durable et solidaire.

Madame la Ministre nous avons fait le choix de changer de paradigme pour nous aider à sortir du système de prédation des écosystèmes et enclencher une réelle dynamique de modification des comportements sur la base d’une vision écosystémique de notre pays et du Vivant.

Faire l’inverse c’est renforcer le capital, la finance, le fossé entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud. Le changement climatique qui voit déjà ces effets néfastes sur l’économie, la santé, le social et  la biodiversité nous prépare un effondrement planétaire. Pour éviter ce dernier des réflexions et actions  sont à déployer activement et solidairement pour sortir du système de prédation qui génère souffrances, misères, violences et guerres.

J’ose espérer Madame la Ministre que ce propos ne restera pas pour vous une simple missive qui sera renvoyé verticalement dans une de vos poubelles.

Veuillez agréer Madame la Ministre, l’expression de mes respectueuses et écologistes salutations.

 

SAINTE-ANNE – MARTINIQUE – CARAIBE

Le 24 octobre 2014

Garcin MALSA

 

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